Dossier de presse

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Association Française d’Economie Politique (AFEP)
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L’AFEP réunit aujourd’hui et sur deux journées son premier Congrès annuel. Constituée à la fin de l’année 2009, l’AFEP réunit déjà 300 économistes issus de tous horizons : enseignants, chercheurs, écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, etc.

Selon le discours prononcé ce matin par son président André Orléan : « A quoi reconnaît-on une pensée en voie de sclérose ? À son autosatisfaction. L’économie a impérativement besoin d’humilité, encore appelée esprit critique. A force de se trouver excellents, les économistes ont perdu de vue qu’une communauté scientifique consensuelle est une communauté scientifique morte. »
L’Association entend organiser le débat sur les effets délétères de l’hégémonie absolue acquise aujourd’hui, dans nos institutions de recherche et d’enseignement, par le paradigme économique dominant, véritable obstacle à la réflexion collective car il conduit à un dangereux appauvrissement du discours économique.

La crise contemporaine nous en offre l’illustration la plus exemplaire. L’aveuglement des économistes qu’elle a porté au grand jour, leur incapacité, non pas seulement à prévoir la crise, mais même à simplement la considérer comme plausible, est, à nos yeux, la conséquence directe de cette situation hégémonique. Elle en manifeste pleinement la dangerosité extrême.
De ce fait, notre association se donne pour objectif la promotion d’une analyse économique pluraliste. Ce pluralisme, l’AFEP se propose de le décliner selon trois axes : pluralisme des approches conceptuelles, pluralisme des points de vue, pluralisme des disciplines.

Concrètement, l’AFEP souhaite que soient débattues les questions suivantes :
1/ Quelle(s) évaluation(s) des travaux de recherche et des enseignements des économistes ?
2/ Quels mode de promotion au sein de notre profession ?
3/ Quelle organisation de la discipline dans son entier, et notamment au CNRS ainsi qu’au CNU (Conseil National des Universités) ?
Si nous n’obtenons pas les changements que nous demandons au sein de la profession des économistes, il ne nous sera pas possible de « déverrouiller » l’organisation de la science économique à l’université et dans les organismes de recherche publics. Sans ce déverrouillage, les sciences économiques ne pourront pas nourrir véritablement le débat public, et se contenteront, comme aujourd’hui, soit de produire un discours inintelligible pour la société, soit d’alimenter la pensée unique.

Contacts
André Orléan (Président de l’AFEP, CNRS, orlean@pse.ens.fr)

Florence Jany-Catrice (Lille 1, florence.jany-catrice@univ-lille1.fr, 06 60 17 77 95)

Nicolas Postel (Lille 1, nicolas.postel@univ-lille1.fr, 06 23 63 48 93)

Gilles Raveaud (Paris 8, gillesraveaud@gmail.com, 06 17 08 46 45)

Richard Sobel (Lille 1, richard.sobel@univ-lille1.fr, 06 08 45 36 65)

Compléments d’information
1. Pourquoi l’AFEP ?

L’Association Française d’Économie Politique a été constituée à la fin de l’année 2009 par ce que nous étions « insatisfaits de l’orientation académique et intellectuelle » de notre discipline (cf. notre Lettre ouverte, 20 oct. 2009).
Pour nous, l’état actuel de la science économique est critiquable pour quatre raisons essentielles :

1/ Seuls certains travaux sont considérés comme « scientifiques » : non seulement la modélisation est perçue comme le seul travail ayant une réelle valeur, mais les modèles mathématiques considérés comme acceptables sont d’un type très particulier, qui repose sur la rationalité des individus et le fonctionnement supposé parfait des marchés. Les autres types de formalisations, ainsi que les travaux empiriques ne relevant pas de l’économétrie, ne sont pas considérés comme relevant de la « science économique ». De plus, l’histoire de la pensée, l’histoire des faits, la connaissance critique des institutions, sont reléguées aux marges de la discipline, alors qu’elles en constituent le socle indispensable.

2/ L’abandon de tout débat théorique ou méthodologique dans un champ qui pouvait s’enorgueillir d’avoir connu de grandes controverses scientifiques : aujourd’hui, la théorie dominante (néo-classique) prétend à elle seule couvrir l’ensemble du champ académique en économie, en niant l’existence d’autres approches, appartenant à d’autres courants théoriques (institutionnalisme, marxisme, keynésianisme, etc.)

3/ Le danger d’annexion des autres sciences sociales par une science économique définie comme un ensemble de techniques « éprouvées » (théorie des jeux, économétrie) en lieu et place d’un dialogue véritable entre les disciplines.

4/ L’incapacité de l’économie dominante à proposer une lecture du monde susceptible d’éclairer et de nourrir le débat démocratique.

2. Les orientations de l’AFEP : la défense du pluralisme
Ainsi que l’a expliqué André Orléan, Président de l’AFEP, lors de son allocution inaugurale (17 décembre 2009), nous partageons une même conception de ce que doit être le travail de l’économiste, qui met au premier plan la nécessité du débat contradictoire. De ce fait, notre association se donne pour objectif la promotion d’une analyse économique pluraliste.

L’échec des économistes face à la crise montre à l’envi que notre communauté ne se porte pas bien. Cet échec est d’autant plus perturbant que l’économie passait jusqu’à la crise pour être la seule discipline au sein des sciences sociales à pouvoir prétendre au statut de science véritable. Or l’économie n’est pas évaluée principalement au travers de son aptitude à rendre intelligible la réalité telle qu’elle est, à la manière des sciences de la nature, mais dans sa prétention à dire ce qui doit être et à fournir les outils de sa construction. De ce fait, l’économie comme discipline se trouve soumise constamment à une pression forte de la part des intérêts sociaux, politiques ou économiques.
Il n’y a pas lieu de rejeter ces intérêts a priori. Mais il convient d’établir des règles particulières pour éviter une pure instrumentalisation. C’est sous cet angle également qu’il faut comprendre l’exigence du pluralisme, comme manière pour la communauté des économistes de réfléchir à son rôle social. Elle est un mécanisme pour rendre visibles les intérêts qui cherchent à l’instrumentaliser.

Ce pluralisme, l’AFEP se propose de le décliner selon trois axes : pluralisme des approches conceptuelles, pluralisme des points de vue, pluralisme des disciplines.

1/ Pluralisme des approches conceptuelles

Pluralisme des approches conceptuelles au sens où doit être acceptée l’idée que le débat sur ce que sont les concepts de base de l’économie n’est pas clos. À côté du courant néo-classique, existent d’autres traditions de pensée également fécondes, également légitimes, en vrac : l’institutionnalisme, le keynésianisme, le marxisme, l’évolutionnisme, etc. Cette diversité doit être considérée comme une richesse. Elle est constitutive de l’économie.
A contrario, il ne s’agit nullement de rejeter dogmatiquement les approches néo-classiques. Insistons fortement sur ce point. Rien ne serait plus absurde et contraire à l’esprit de l’AFEP. Il ne s’agit pas de remplacer une hégémonie par une autre.

2/ Pluralisme des points de vue

Pluralisme des points de vue par quoi nous voulons signifier que l’économie ne se résume pas à la théorie économique au sens étroit. Il est d’autres manières de faire avancer les connaissances : l’histoire de la pensée économique, l’historie des faits économiques, la réflexion sur la méthodologie, la philosophie économique, la sociologie économique doivent être considérés comme des points de vue légitimes et importants. La réflexion conceptuelle et théorique progresse toujours en étroite interaction avec les questionnements que ces champs organisent.

3/ Pluralisme des disciplines

Pluralisme, enfin, des disciplines par quoi nous voulons signifier que l’économie appartient aux sciences sociales et doit renforcer ses liens avec celles-ci. La situation actuelle qui tend vers une hégémonie extrême de l’économie à leur égard plutôt qu’une collaboration équilibrée est malsaine. La fermeture de l’économie que nous déplorons trouve dans cette hégémonie une de ses racines les plus significatives. Les sciences sociales forment une entité structurée qui doit grandir de manière équilibrée dans ses diverses composantes.

3. Les objectifs de l’AFEP : permettre au pluralisme d’exister

L’AFEP a pour vocation de peser sur les évolutions institutionnelles que connaît l’économie, à la fois dans l’enseignement et dans la recherche, pour les infléchir dans le sens du pluralisme.
Conseil d’Administration 2010 :

Président : André Orléan, Directeur de recherche au CNRS
Vice-présidents :Agnès Labrousse, Maitre de conférences en sciences économiques

Edwin Le Héron, Maitre de conférences en sciences économiques

Richard Sobel, Maitre de conférences en sciences économiques

Secrétaire : Bruno Tinel, Maitre de conférences en sciences économiques

Trésorier : Claire Pignol, Maitre de conférences en sciences économiques

Alain Caillé, Professeur de Sociologie

Bernard Chavance, Professeur de Sciences Economiques

Olivier Favereau, Professeur de Sciences Economiques

Florence Jany Catrice, Maitre de conférences en sciences économiques

Thomas Lamarche, Maitre de conférences en sciences économiques

Danny Lang, Maitre de conférences en sciences économiques

Sabine Montagne, Chargée de recherche au CNRS

Nicolas Postel, Maitre de conférences en sciences économiques

Fabrice Tricou, Maitre de conférences en sciences économiques

Gilles Raveaud, Maitre de conférences en sciences économiques

Site : http://assoeconomiepolitique.org/

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