11e Congrès de l’AFEP 2022 – Amiens

 

Le site du colloque 2022 – 11e Congrès de l’AFEP 

Qu’est-ce qu’un système économique et social soutenable ?

Quatre décennies marquées par la flexibilisation des marchés, en particulier celui du travail, par l’érosion de l’État social et par des vagues de privatisations et de déréglementations ont profondément modifié les structures de nos économies et de nos sociétés. Des vulnérabilités et des tensions nouvelles sont apparues, comme le reconnaissent désormais les organisations internationales qui avaient promu les transformations libérales du capitalisme. Le problème des inégalités économiques et sociales, celui de l’instabilité financière, ainsi que celui des limites inhérentes à l’épuisement de ressources naturelles et à la modification de la composition atmosphérique, posent de manière nouvelle et cruciale la question de l’évolution du capitalisme. Sur un plan historique, les transformations de ce système concourent à sa « durabilité », mais selon des modalités qui ne sont pas nécessairement soutenables. La récurrence des crises constatée depuis la fin des années 1990 semble d’ailleurs rappeler que « les crises ne sont jamais que des solutions momentanées et violentes des contradictions existantes, des éruptions violentes qui rétablissent pour un moment l’équilibre troublé » (Marx). Dans la période la plus récente, le dynamisme du secteur du numérique a semblé contribuer à la résilience du système économique, mais son développement a engendré de redoutables problèmes : uberisation du travail, gigantesques rentes de monopole, évasion fiscale, surconsommation énergétique, etc.

Le 11e congrès de l’AFEP propose d’interroger les conditions et les limites de la soutenabilité du capitalisme contemporain. Le fonctionnement actuel de ce système économique témoigne-t-il de contradictions internes profondes ou bien de capacités d’adaptation qui permettraient de résoudre, de manière endogène, les problèmes sociaux, économiques et écologiques qu’il a créés par sa dynamique propre ? Profondément liées les unes aux autres, les « transitions » écologiques, économiques et sociales impliqueraient des transformations majeures de l’activité économique, des conditions de travail, des systèmes de santé et de protection sociale, ou encore des modes de régulation et des modes de « gouvernance ». Comment penser ces transformations ? Quelles sont les mutations productives déjà à l’œuvre ? Quel est l’état des connaissances concernant la dimension biophysique des systèmes socio-économiques ? Quelles seraient les conditions d’un système économique et social soutenable ?

De telles interrogations imposent d’aborder les changements économiques, sociaux et institutionnels qui sont en cours. Elles nécessitent des analyses macroéconomiques et/ou systémiques sur la logique d’ensemble de coordination et de reproduction du capitalisme comme système économique et social.

Le capitalisme a façonné des économies et des sociétés, mais aussi des espaces géographiques, des territoires et des mentalités. Ses conditions de fonctionnement peuvent s’appréhender à partir des différents domaines qu’il a bouleversés : production, emploi et répartition mais aussi santé et exploitation des ressources naturelles façonnant territoires, paysages, espaces de vie, de travail et de mobilité. De nouvelles pratiques, activités ou régulations semblent contester certaines caractéristiques du capitalisme contemporain : développement des communs réévaluant la question de la propriété et de la citoyenneté, annonces d’actions prises « quoi qu’il en coûte » durant la pandémie, retour – même fragmentaire – du thème de la planification qui met en question l’efficacité de la coordination marchande, renouvellement des pratiques agricoles, des échanges et de la coordination au niveau local, développement du secteur de l’économie sociale et solidaire potentiellement porteuse d’innovations sociales et de modes alternatifs de production et de consommation qui valorisent et économisent les ressources. Ces pratiques sont elles-mêmes traversées par des contradictions, comme la financiarisation de dispositifs sociaux (les contrats à impact social) ou environnementaux (les fonds de paiement aux résultats) ; elles interrogent plus généralement la nature et les effets des dispositifs marchands pour répondre aux enjeux écologiques. Ce 11e congrès de l’AFEP sera notamment l’occasion d’analyser les débats contemporains sur le « développement soutenable » et les déclinaisons plus récentes autour des « transitions », dans la mesure où ces débats questionnent les interactions entre les activités humaines et le reste de la nature en renouvelant une réflexion qui trouve son origine dans la philosophie et qui avait déjà été examinée par l’économie politique lors des révolutions industrielles.

Dans l’esprit d’ouverture qui caractérise l’approche pluraliste promue par l’AFEP, le congrès reste ouvert à toute thématique ou approche. Les propositions ne portant pas explicitement sur la thématique du congrès sont donc également bienvenues et seront étudiées par le comité scientifique.


Four decades marked by the flexibilization of markets, in particular the labor market, by the erosion of the social state and by waves of privatization and deregulation have profoundly changed the structures of our economies and societies. New vulnerabilities and tensions have emerged, as is now recognized by the international organizations that had promoted the liberal transformations of capitalism. The problem of economic and social inequalities, that of financial instability, as well as that of the limits inherent in the depletion of natural resources and the modification of the atmospheric composition, pose the question of the evolution of capitalism in a new and crucial way. On a historical level, the transformations of this system contribute to its “sustainability”, but in ways that are not necessarily sustainable. The recurrence of crises since the end of the 1990s seems to remind us that “crises are never more than momentary and violent solutions to existing contradictions, violent eruptions that re-establish the disturbed equilibrium for a moment” (Marx). In the most recent period, the dynamism of the digital sector has seemed to contribute to the resilience of the economic system, but its development has created formidable problems: the uberization of work, gigantic monopoly rents, tax evasion, overconsumption of energy, etc.

The 11th AFEP Congress proposes to examine the conditions and limits of the sustainability of contemporary capitalism. Does the current functioning of this economic system reflect deep internal contradictions, or does it have the capacity to adapt in order to resolve, in an endogenous  way, the social, economic and ecological problems that it has created through its own dynamics? The ecological, economic and social “transitions”, which are closely interconnected, would involve major transformations of economic activity, working conditions and health and social protection systems, as well as modes of regulation and modes of “governance. How can we envisage these transformations? What are the productive changes already at work? What is the state of knowledge about the biophysical dimension of socio-economic systems? What would be the conditions for a sustainable economic and social system?

Such questions require us to address the economic, social and institutional changes that are underway. They require macroeconomic and/or systemic analyses of the overall logic according to which capitalism is coordinated and reproduced as an economic and social system.

Capitalism has shaped economies and societies, but also geographical spaces, territories and mentalities. Its operating conditions can be understood from the perspective of the different domains it has disrupted: production and employment and distribution, as well as health and the exploitation of natural resources, which has shaped territories, landscapes and living, working and mobility spaces. New practices, activities or regulations seem to challenge certain characteristics of contemporary capitalism: the development of commons, which has led to a reassessment of the notions ownership and citizenship, announcements of actions taken “whatever the cost” during the pandemic, the return – even if fragmentary – of the idea of economic planning that calls into question the efficiency of market coordination, the changes in agricultural practices, exchanges and coordination at the local level and the development of the social and solidarity economy sector potentially leading to social innovations and of alternative modes of production and consumption that attach greater value to and reduce the use of resources. These practices are themselves fraught with contradictions, such as the financialization of social (social impact contracts) or environmental (payment by results funds) mechanisms; more generally, they raise questions about the nature and effects of market mechanisms as means of responding to ecological issues. This 11th AFEP Congress will be an opportunity to analyze contemporary debates on “sustainable development” and the more recent variations on “transitions”, insofar as these debates question the interactions between human activities and the rest of nature by renewing a line of thought that originated in philosophy and had already been examined by political economy
during the industrial revolutions.

In the spirit of openness that characterizes the pluralist approach promoted by AFEP, the congress remains open to any theme or approach. Proposals that do not explicitly address the theme of the conference are therefore also welcome and will be considered by the programme committee.

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