12e Congrès de l’AFEP 2023 – Paris Cité

Le site du colloque 2023

Le programme du colloque 2023 – [À VENIR]

Crises et inégalités : Comment habiter le monde de demain ?

Organisé par les laboratoires LADYSS, CESSMA et LIED, et par Université Paris Cité

L’AFEP est une association scientifique généraliste dont l’objectif est la promotion du pluralisme dans le champ de l’économie académique. Le congrès annuel de l’AFEP est un moment important pour l’association et pour la communauté des économistes. Il permet de faire vivre le pluralisme des théories, des méthodes et des objets. Au-delà, cette approche encourage le dialogue etl’interdisciplinarité au sein de l’espace des sciences humaines et sociales. C’est pourquoi les propositions de communication autres qu’en économie (sociologie, gestion, anthropologie, géographie, aménagement, sciences politiques, histoire, philosophie, droit, etc.) sont souhaitées et encouragées.

Alors que la décennie 2010 a connu les conséquences de la crise financière des subprimes survenue en 2007-2008, les années 2020 sont assurément celles de transformations structurelles, marquées par l’impact de crises polymorphes (pandémie, guerre, crise énergétique, dérèglements et chocs climatiques notamment).

Ces crises emboîtées viennent heurter des sociétés, leurs habitants et leurs institutions, ayant inégalement surmonté les épisodes précédents. Chaque nouvelle crise accélère les transformations et les dégradations antérieures, parfois au nom d’innovations susceptibles de surmonter les contradictions qui lui ont donné naissance. Il nous faut donc comprendre comment se combinent les différents phénomènes que l’on observe actuellement et qu’il est essentiel de bien qualifier. D’une actualité saisissante et en avance sur les prévisions, les dégradations socio-écologiques résonnent aujourd’hui avec des tensions sociales omniprésentes, ce qui questionne l’habitabilité même de la planète. Ignorant les alertes lancées depuis plus de 50 ans et relayées par les scientifiques et militant·es, les responsables politiques et économiques semblent découvrir que cinq des points de bascule climatique sont sur le point d’être franchis, auxquels s’ajoute le franchissement quantifié de 6 des 9 limites planétaires définies par l’équipe Rockstrom – l’année 2022 ayant été marquée par la reconnaissance du franchissement de 2 nouvelles limites planétaires (cycle de l’eau douce et polluants chimiques) –, et sans que cela semble infléchir la

course à la puissance économique. Pour les recherches en sciences sociales, parvenir à faire tenir les termes de l’articulation entre inégalités économiques, sociales et environnementales est un enjeu premier ; pourtant le faire comprendre dans l’opinion publique et auprès des responsables politiques et économiques se heurte à de redoutables difficultés. C’est ce que nous proposons de discuter lors du XIIe congrès de l’AFEP, en articulant 4 grands axes de questionnement : comment d’abord les inégalités sociales et environnementales s’imbriquent-elles, à l’aune des évolutions passées et actuelles ? Quel est, ensuite, le rôle des relations – politiques, économiques, sociales – entre territoires au niveau national, européen ou encore international, dans les transitions socio-économiques à mettre en œuvre ? Comment dans le même temps diminuer les inégalités socio-fiscales, du travail et de genre, bien ancrées dans nos sociétés depuis des années ? Et enfin, comment l’action publique pourrait-elle et devrait-elle répondre à ces enjeux ?

Les combinaisons d’inégalités sociales et environnementales sont ainsi au cœur des crises socio- écologiques. Cela frappe d’autant plus que le monde a connu une période où des populations entières ont été confinées et où le temps des échanges croissants a été momentanément suspendu. Penser « le monde d’après » a été pendant quelques mois l’occasion de penser un monde meilleur, en songeant alors que, dans la crise, nous avions pu comprendre ce que nous étions en train de perdre. Les différences d’accès aux biens et patrimoines environnementaux (parcs, espaces naturels, terre, qualité de l’air et de l’eau, etc.) et les différences d’exposition aux pollutions et aux risques (industriels, sanitaires, professionnels) se sont fait ressentir avec force. Elles sont le plus souvent venues se cumuler avec des inégalités socio-économiques déjà prégnantes. La perspective d’un meilleur monde d’après a fait long feu. L’imbrication des questions environnementales et sociales ajoute beaucoup de complexité, et se traduit par des tensions entre les priorités politiques ou organisationnelles. Ainsi, si on désintensifie l’économie du point de vue carbone (sans même aller jusqu’à évoquer la décroissance), comment fait- on pour assurer la redistribution et plus généralement pour continuer à financer les systèmes de protection sociale, les retraites, etc. ? Le rôle de la protection sociale dans la future transition écologique ne peut donc plus être éludé.

Les pensées positives de relocalisation, de conscience de la finitude, ou encore de lien au vivant qui nous entoure, ont certes produit des effets sur les personnes – tels les « bifurqueurs », qui ont pu attirer notre attention –, mais en réalité les signes de durcissements sont omniprésents. On peut citer notamment les tensions sur les ressources et l’énergie, le rapport au travail dégradé, la résurgence de l’inflation ayant elle-même des sources structurelles directement en lien avec notre dépendance aux fossiles, l’impact de ce contexte inflationniste sur la répartition des revenus, la déstabilisation des chaînes de valeur internationales et la captation par certains pays des métaux et minéraux stratégiques pour la transition énergétique. À l’extension du capitalisme de plateforme et des secteurs de la Tech répondent de nombreux secteurs d’activité à la peine, dévalorisés ou en proie à un sous-investissement chronique, en particulier dans les activités de soin, d’éducation, et plus largement dans les services qui répondent aux besoins essentiels des populations.

À rebours d’une intuition largement partagée face au phénomène de numérisation, ces crises ont également réaffirmé la nécessité de questionner la matérialité dans laquelle sont formés nos modes de vie et de sociabilité. Le confinement, puis le surgissement de la guerre en Europe, la montée des populismes réactionnaires et le spectre du rationnement énergétique, donnent à voir la façon dont la production de nos conditions matérielles d’existence repose très concrètement sur des flux de matière et d’énergie qui relient entre eux des territoires (urbains ou ruraux ; au Nord ou dans les Suds ; dotés en ressources et patrimoines naturels ou dotés en capital créé par l’humain, etc.). La manière dont s’organisent et se composent ces flux révèle également les vulnérabilités, les tensions, les rapports de pouvoir et les asymétries qui caractérisent la mise en relation de ces territoires et des populations qui y vivent et y travaillent. Les questions d’approvisionnement énergétique et alimentaire ou d’accès aux terres rares donnent des illustrations des enjeux de soutenabilité socio-écologique auxquels les trajectoires de développement de nos sociétés nous confrontent.

Ces crises apparaissent aussi comme révélatrices d’inégalités héritées, qu’elles contribuent à aggraver. La crise de 2008 avait mis en lumière les inégalités de revenus et de patrimoine qui la sous-tendaient. Au-delà de l’augmentation de la pauvreté, la fréquence des crises met en exergue l’accès aux soins comme source d’inégalités entre populations favorisées et précarisées, en particulier dans les pays où les systèmes de protection sociale sont parcellaires. Elle révèle également une autre « hiérarchie » des métiers et activités de travail qui ne repose pas sur la hiérarchie, simpliste et chère à l’économie standard, liée à l’équivalence entre niveau de qualification et salaire réalisée par la productivité. Le primat donné aux « premiers de cordée » contre les « premières de corvée » est ainsi devenu une représentation, simple, mais puissante. Cette hiérarchie recoupe aussi une division sexuée du travail, puisque beaucoup de ces travailleurs « de première ligne » sont des travailleuses. Si les femmes ont été en moyenne moins infectées par la COVID-19 que les hommes dans le monde, elles ont été plus durement frappées par la baisse générale du niveau de l’emploi ; constat accentué pour les femmes noires aux États-Unis. Les femmes ont été plus licenciées, ont subi des pertes de revenu tout en absorbant une augmentation du travail domestique et une recrudescence des violences conjugales pendant le confinement. De manière générale, les politiques économiques mises en place – bien que permettant de soutenir la demande globale – n’ont pas atténué les effets de la crise en termes de précarité et de travail domestique pour les femmes.

Dans ce contexte de crises polymorphes, élaborer, décider, formaliser, implémenter, évaluer, consulter, discuter, négocier, réinterpréter, proposer, se mobiliser, s’opposer et contester, sont des actions récurrentes au cœur des processus complexes d’action publique, quel que soit le contexte économique, politique, social et historique des États et de leur société. L’action publique est ainsi toujours le résultat de la co-construction de programmes d’action par une pluralité et une diversité d’acteurs (publics, privés, issus de la société civile, experts, bailleurs, etc.) situés à différentes échelles d’intervention (locale, nationale et internationale), ayant des intérêts et des visions concurrentes du monde et participant à la régulation de secteurs de politiques publiques (politique fiscale, politique sociale, etc.). Toutefois, l’action publique met en tension deux pôles, l’État et la société civile – qui sont en interaction constante –, associant confiance et allégeance, résistance et capacités d’action, domination et responsabilité. D’un côté, la robustesse de la capacité de l’État (ses administrations) à réguler sa société et son territoire – en qualité de détenteur ou d’administrateur de l’autorité – est questionnée. D’un autre côté, l’action publique présuppose une autonomie de la société civile, constituée de citoyens et de citoyennes, dotée de capacités de mobilisation, d’action et de contestation. C’est en ce sens que la notion de politique publique, telle qu’elle est saisie par les économistes, devrait faire place aux formes de mobilisation collective qui font aussi œuvre politique. Les formes politiques que revêtent les tensions entre acteurs et modalités de la politique publique ou collective diffèrent en fonction des trajectoires historiques suivies. Elles vont ainsi être puissamment mises à l’épreuve des crises socio-écologiques présentes ou à venir.

Le XIIe congrès de l’AFEP sera ainsi l’occasion de s’interroger sur l’impact des crises sur la transformation des arrangements institutionnels et sur la montée des inégalités au sens large (économiques, sociales, environnementales, de genre). Ces évolutions permettront-elles de surmonter les contradictions issues de la période antérieure et de réduire les inégalités ? Ou les forces de rappel des intérêts dominants s’exerceront-elles, afin que le monde d’après ne s’éloigne pas trop du monde d’avant ?

Le congrès de l’AFEP sera l’occasion de réfléchir aux changements structurels que cet appel évoque. Les thèmes sont variés, comme les approches. Tout ce qui nous éclaire sur les changements de régime à l’œuvre et sur des mondes d’après qui se construisent aujourd’hui sous pression pourra être utile à notre communauté. Dans l’esprit d’ouverture qui caractérise l’approche pluraliste promue par l’AFEP, le congrès reste ouvert à toutes thématiques ou approches. Les propositions ne portant pas explicitement sur la thématique du congrès sont donc bienvenues et seront étudiées par le comité scientifique. Des propositions d’ateliers thématiques (ouverts ou fermés) seront également fortement appréciés.

 

 

 


Crises and Inequalities: How to Inhabit the World of Tomorrow?

 

AFEP is a general scientific association which objective is to promote pluralism in economics. The annual AFEP conference is an important moment for the association and for the community of French economists. It allows the pluralism of theories, methods and objects to come alive. Beyond that, the conference encourages dialogue and interdisciplinarity within the humanities and social sciences. This is why proposals for papers other than economics (sociology, management, anthropology, geography, regional planning, political science, history, philosophy, law, etc.) are welcome and encouraged.

While the 2010 decade has seen the consequences of the subprime mortgage crisis of 2007-2008, the 2020s are certainly those of structural transformations, marked by the impact of polymorphous crises (pandemic, war, energy crisis, climate change and shocks…).
 
These interlocked crises affect societies, their inhabitants and institutions, which have unequally overcome the previous episodes. Each crisis accelerates the previous transformations and degradations, sometimes in the name of innovations meant to overcome the contradictions that gave birth to it. We must therefore understand how the different phenomena we are currently observing combine themselves and how it is essential to define them properly. Facts show that the socio-ecological degradations are ahead of schedule. They resonate with pervasive social tensions, which call into question the very habitability of the planet. After having ignored the warnings launched more than 50 years ago and disseminated by scientists and activists, political and economic leaders seem to discover that five of the climate tipping points are approaching, in addition to the quantified crossing of six of the nine planetary limits defined by the Rockström team – the year 2022 having been marked by the recognition of the crossing of two planetary limits (fresh water cycle and chemical pollutants) –, and with no noticeable change in the race for economic power. For social scientists, considering economic, social and environmental inequalities together is a key issue; however, having it understood by public opinion and above all by political and economic leaders is facing serious difficulties. This is what we propose to discuss at the 12th AFEP Congress, by articulating four main lines of questioning: first, how do social and environmental inequalities fit together in the light of past and current developments? Then, what is the role of relations – political, economic, social – between territories at the national, European or even international level, in the socio-economic transitions to be implemented? How, at the same time, to reduce socio-fiscal, labor and gender inequalities, which have been well entrenched in our societies for many years? And finally, how could and should public action respond to these issues?

Combined social and environmental inequalities are thus at the heart of socio-ecological crises. This is even more striking since the world experienced a period of lock down for large populations, during which the time for growing exchanges has been momentarily suspended. Thinking about the world after COVID- 19 was, for a few months, an opportunity to think about a better world, considering then that, in the crisis, we were able to understand what we were losing. The populations strongly felt the differences in the access to environmental resources and heritage (parks, natural spaces, land, air and water quality, etc.) and the differences in the exposure to pollution and risks (industrial, health, professional). These differences are most often compounded by already prevalent socio-economic inequalities. The prospect of a better “world after” is long gone. The interweaving of environmental and social issues adds a great deal of complexity and results in tensions between political or organizational priorities. For example, if we de-carbonize the economy (without even going so far as to talk about degrowth), how do we ensure redistribution and, more generally, continue to finance social protection systems, pensions, etc.? Thus, questioning the role of social protection in the ecological transition cannot be left out.
 
The positive thoughts of relocation, of awareness of finitude, or of connection to the living world that surrounds us, have certainly produced effects on people – such as the “bifurcators”, who may have attracted our attention – but in reality the signs of tougher times are omnipresent. We can mention, in particular, tensions over resources and energy, a deteriorated relationship to work, the resurgence of inflation, which itself has structural sources related to our dependence on fossil fuels, and the impact of this inflationary context on income distribution, the destabilization of international value chains and the capture by some countries of strategic metals and minerals for the energy transition. In contrast to the expansion of platform capitalism and the “tech” sectors, many sectors of activity are struggling, devalued or plagued by chronic under-investment, particularly in healthcare, education and, more broadly, in the services that meet people’s basic needs.
 
Contrary to a widely shared intuition about the phenomenon of digitization, these crises have also reaffirmed the need to question the materiality in which our lifestyle and sociability are formed. The lockdown and then the outbreak of war in Europe, the rise of reactionary populism and the threat of energy shortage, show how the production of our material conditions of existence is based very concretely on flows of matter and energy that link together territories (urban or rural; in the North or in the South; endowed with natural resources and heritages or endowed with capital created by humans, etc.). The way in which these flows are organized and composed also reveals the vulnerabilities, tensions, power relations and asymmetries that characterize the relationship between territories and the populations that live and work in these areas. The issues of energy and food supply or access to rare-earth elements illustrate some of the socio-ecological sustainability challenges we face in the development trajectories of our societies.
 
These crises also reveal inherited inequalities, which they contribute to increase. The 2008 crisis brought to light the underlying inequalities in income and wealth. Beyond the increase in poverty, the frequency of crises highlights access to health care as a source of inequality between privileged and precarious populations, particularly in countries where social protection systems are fragmented. It also reveals another “hierarchy” of occupations and work activities that is not based on the simplistic hierarchy, dear to standard economics, linked to the equivalence between the level of qualification and salary achieved through productivity. The primacy given to the “lead climbers” (“premiers de cordée” in French) against the front-line key workers (also “premiers de corvée” in French) has thus become a simple but powerful representation. This hierarchy also intersects with a gendered division of labor, since many of these “frontline” workers are women. While women were on average less infected with COVID-19 than men worldwide, they were hit harder by the general decline in employment; a finding that was accentuated for black women in the United States. Women have been laid off more, have experienced income losses while enduring increased domestic work and domestic violence during lockdown. In general, implemented economic policies – while supporting aggregate demand – did not mitigate the effects of the crisis in terms of precariousness and domestic work for women.
 
In this context of polymorphous crises, elaborating, deciding, formalizing, implementing, evaluating, consulting, discussing, negotiating, reinterpreting, proposing, mobilizing, opposing and contesting are recurrent actions at the heart of the complex processes of public action, whatever the economic, political, social and historical context of the States and their society. Public action is thus always the result of the co-construction of action programs by plural and diverse actors (public, private, from civil society, experts, donors, etc.) located at different scales of intervention (local, national and international), with competing interests and visions of the world and participating in the regulation of public policy sectors (fiscal policy, social policy, etc.). However, public action puts two poles in tension: the State and civil society – which are in constant interaction –, combining trust and allegiance, resistance and capacity for action, domination and responsibility. On the one hand, the strength of State’s capacity (its administrations) to regulate society and its territory – as holder or administrator of authority – is questioned. On the other hand, public action presupposes the autonomy of civil society, made up of citizens, endowed with the capacity for mobilization, action and contestation. In this sense, the notion of public policy as grasped by economists should make room for forms of collective mobilization that are also political. The political forms taken by the tensions between actors and public or collective policy modalities differ according to the historical trajectories followed. They will thus be powerfully tested by current or future socio- ecological crises.
 
The 12th AFEP Conference will thus provide the opportunity to better understand the impact of the crises on the transformation of institutional arrangements and the rise of inequalities in the broad sense (economic, social, environmental, gender). Will these changes make it possible to overcome the contradictions of the previous period and reduce inequalities? Or will the forces of dominant interests be exercised so that the “world after” does not move too far away from the “world before”?
 
The AFEP Conference will be an opportunity to debate on the structural changes that this call evokes. The themes of the conference are varied, as are the approaches. Anything that sheds light on the regime changes at work and on the future worlds built under pressure today will be useful to our community. In the spirit of openness that characterizes the pluralist approach promoted by AFEP, the conference remains open to all themes and approaches. Therefore, proposals that do not explicitly address the theme of the conference are welcome and will be considered by the scientific committee. Proposals for thematic workshops (open or closed) will also be highly appreciated

The website of the 2023 conference 

 

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