Communiqué AFEP (15 mars 2012) – Pour le pluralisme des publications en sciences économiques

Derrière la timide avancée qui reconnaît comme activité de recherche autre chose qu’un article dans une revue considérée comme « académique », se cache une vision particulièrement étroite de ce qu’est la recherche en économie en France ; et cela, au moment où la crise économique et financière nous alerte au contraire sur le besoin impérieux de repenser les mécanismes économiques, les enchaînements de crises et les possibles modèles économiques et sociaux de sortie de crise.

Article original

L’AFEP apprend que [ l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES)->http://www.aeres-evaluation.fr/] a révisé les critères de définition des enseignants et des chercheurs considérés comme « publiants » :

-* Concernant les enseignants-chercheurs (universitaires) : sur 5 ans, pour être considéré comme ayant publié, il faudra être l’auteur de 3 travaux dont au moins 2 articles dans la liste de référence ; le 3ème travail pourra être un brevet, la constitution d’une base de données, un ouvrage académique ou un chapitre, la publication dans une revue d’une autre discipline, etc.
-* Concernant les chercheurs (membres du CNRS, etc.) : il faudra avoir publié 5 travaux, dont au moins 4 articles dans des revues de la liste de référence.
-* Derrière la timide avancée qui reconnaît comme activité de recherche autre chose qu’un article dans une revue considérée comme « académique », se cache une vision particulièrement étroite de ce qu’est la recherche en économie en France ; et cela, au moment où la crise économique et financière nous alerte au contraire sur le besoin impérieux de repenser les mécanismes économiques, les enchaînements de crises et les possibles modèles économiques et sociaux de sortie de crise.

1. Un processus opaque

L’AFEP dénonce un processus fermé à la discussion avec la communauté scientifique. La communauté scientifique n’a été en aucune manière consultée au cours du processus qui a conduit à l’adoption, par l’AERES, de la liste établie par la section 37 du CNRS comme unique référence. Cette liste elle-même, établie en Septembre 2012 au sein de la section 37 n’a jamais fait l’objet d’un processus de consultation ouvert à la communauté ce que nous avions alors dénoncé (voir Communiqué AFEP du 15 septembre 2011). Cette liste n’est donc pas légitimée au sein de la communauté. Or l’AERES choisie de la mobiliser en lieu et place de la liste internationale « Econlit » bien plus large (elle contient trois fois plus de revues !) qui faisait jusqu’ici consensus au sein de la communauté. Il y a là bel et bien un problème démocratique.

Par ailleurs, l’AFEP s’étonne que l’AERES, en charge de l’évaluation collective des laboratoires, énonce des critères généraux qui ont une portée sur l’évaluation individuelle, ce dont le CNU est en principe responsable…

2. Une conception très étriquée de la recherche qui menace son pluralisme

Au-delà de l’opacité du processus, c’est aussi son résultat que l’AFEP dénonce. Ce nouveau mode d’évaluation propose en effet une conception toujours plus étroite des missions et du travail des chercheurs. Les livres, les colloques, les rapports, les manuels deviennent une obligation secondaire alors que c’est souvent là que se situe le travail de fond du chercheur, et là que se situe le travail de diffusion de ses recherches.
L’obligation principale de publier devra se faire désormais dans le cadre d’une liste de revues drastiquement réduite; la plupart anglo-saxonnes, dont pratiquement aucune n’est pluridisciplinaire, et dont bien trop peu se situent dans le champ de l’économie appliquée… lieux qui pourtant accueillent de riches publications sur les réalités multiples de l’économie telle qu’elle prend forme dans la société. Cette obligation risque d’étouffer le pluralisme.

3. Des contre-propositions pour préserver le pluralisme

En conséquence l’AFEP revendique :

1. La prise en compte du périmètre le plus large des revues du champ scientifique de l’économie, par compilation de toutes les listes existantes au plan national et international (liste de la section 37 du CNRS, liste AERES, EconLit, etc.)

2. La prise en compte, comme « publications », de l’ensemble des supports professionnels sur lesquels s’expriment les enseignants et les chercheurs (ouvrages, chapitres, manuels, base de données…).
Dans ce cadre l’AFEP renvoie les personnes intéressées par la question de l’évaluation à son rapport qui propose une nouvelle démarche d’évaluation des laboratoires, des enseignants-chercheurs et des chercheurs. Ce, rapport est disponible sur le site de l’Association à partir du lien suivant :

[http://assoeconomiepolitique.org/spip.php?article328
->http://assoeconomiepolitique.org/spip.php?article328]

Parce que le pluralisme des idées et des méthodes est un bien commun essentiel au savoir, l’AFEP rappelle que cette question relève non pas seulement du champ étroit des spécialistes mais bien de l’ensemble de la communauté des usagers du savoir économique.




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