Edwin Le Héron a été un chercheur de grande envergure qui a participé sans relâche au développement de la pensée keynésienne. En tant que Président de l’Association pour le Développement des Études Keynésiennes (ADEK), il a permis la structuration d’un vaste réseau de chercheurs francophones inspirés par l’œuvre de Keynes. Formé à l’école du circuit, s’identifiant ensuite comme post-keynésien, Edwin Le Héron a été un de ces penseurs qui, bien que solidement ancré dans un courant de pensée, ne s’est pas enfermé pour autant dans une logique de chapelle. Il a été un post-keynésien ouvert aux autres interprétations de l’œuvre de Keynes, toujours à la recherche d’une meilleure compréhension mutuelle et de points de convergence, desquels il tirait régulièrement des chapitres dans des ouvrages collectifs (Carré et Le Héron 2018, Le Héron 2018).
En tant que post-keynésien, il a réalisé des contributions majeures à la théorie monétaire (Le Héron 1984, 1986, 2020), à la modélisation macroéconomique stock-flux cohérente (Le Héron et Mouakil 2008, Le Héron 2011, Le Héron et Yol 2019) et à l’étude des banques centrales (Le Héron 2008). L’intérêt porté non seulement à la mise en œuvre de la politique monétaire, mais également au cadre institutionnel dans lequel celle-ci est conçue, atteste de son ouverture à l’économie politique au-delà des frontières strictes du post-keynésianisme. En effet, il a toujours tâché de construire des ponts avec d’autres écoles de pensée, en particulier avec l’économie politique institutionnaliste, comme en atteste son engagement dans l’Association Française d’Économie Politique (AFEP).
Chercheur du réel, il s’intéressait au fonctionnement concret des systèmes économiques et en particulier des banques centrales (Le Héron et Carré 2005, Le Héron 2006, Le Héron 2007) – d’où son rapport particulier à la théorie économique. À la fois description du monde et source d’inspiration pour le transformer, la théorie économique doit par nature évoluer et s’adapter aux nouvelles problématiques qui surgissent et auxquelles doit faire face l’humanité, ce qui l’avait conduit à publier un article sur la question des politiques climatiques (Piluso et Le Héron 2022).
Invitant à replacer systématiquement les évolutions de la théorie économique dans l’histoire de la pensée, ses vertus de pédagogue communément reconnues ont donné le goût de la recherche en économie à nombre de ses étudiants, liant ainsi de manière exemplaire les deux facettes du métier d’enseignant-chercheur. Son attachement à la transmission s’est également matérialisé par la publication de deux ouvrages destinés au grand public (Le Héron et Moutot 2008, Le Héron 2016).
L’objectif de ce numéro spécial d’Économie appliquée est de rassembler des contributions mettant en lumière les principaux apports d’Edwin Le Héron à la littérature, l’originalité de sa pensée, ainsi que l’actualité de ses analyses au regard des enjeux de notre temps. C’est en somme la fécondité de son héritage scientifique qu’il s’agit de mettre en lumière.
Le choix de la revue Économie Appliquée est apparu comme une évidence, compte tenu du fait qu’Edwin Le Héron y a publié certains de ses premiers articles dans les années 1980, a contribué à relancer la revue au début des années 2020 et y a ensuite dirigé un numéro spécial en 2022 sur “Les monnaies et la transition écologique”.
Sont attendues des contributions originales d’un maximum de 60.000 caractères (espaces compris) qui doivent être envoyées à pierre.funalot@u-bordeaux.fr et leo.malherbe@u-picardie.fr avant le 30 novembre 2025.