Le Monde [13 janvier 2015] : Enseignement de l’économie : une occasion manquée

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L’original de cet article de Philippe Askenazy peut être trouvé sur le site du Monde (ed. abonnés)

L’Association française d’économie politique (AFEP), qui organisait mardi 13 janvier une assemblée extraordinaire, a espéré jusqu’au bout que le ministère de l’enseignement supérieur annoncerait la création d’une nouvelle section du Conseil national des universités (CNU).

Hélas ! cela n’a pas été le cas.

Ce « non-événement » mérite quelques explications. Le CNU est un organisme-clé dans les carrières des enseignants-chercheurs en France. Pour être recrutés dans une université, les candidats doivent être qualifiés par le CNU, avant d’être sélectionnés par les comités propres à chaque université.

Mais six sections – trois en droit, les trois autres étant sciences politiques, économie et gestion – avaient une procédure dérogatoire, l’agrégation du supérieur : des concours nationaux pour les professeurs, grade le plus élevé. Cet héritage du XIXe siècle, difficilement conciliable avec l’autonomie des universités et excluant de fait les non-francophones, a été suspendu – mais non supprimé – par un décret du 2 septembre 2014. Ce concours était également accusé de risquer de générer des clones, en donnant à un jury de sept personnalités la responsabilité de recruter la plupart des professeurs dans une discipline.

Ce risque s’est matérialisé en sciences économiques. Souhaitant recruter des chercheurs à visibilité internationale, les jurys sont tombés dans la facilité de retenir ceux qui avaient publié dans les revues anglo-saxonnes les plus citées, donc souvent « mainstream ». Les recrutements sont devenus plus monolithiques, rarement hétérodoxes, et bien masculins : les femmes représentent 40 % des maîtres de conférences, mais à peine 17 % des professeurs ! A la dernière agrégation externe, en 2014, trois ont été admises, pour douze hommes.

Pour les partisans d’une seconde section d’économie, cette suspension ne suffit pas : le CNU actuel serait en effet, selon eux, le reflet d’une profession désormais biaisée.

ARGUMENTS ÉTONNANTS

Naturellement, le président de l’actuelle section de sciences économiques s’offusque de ces accusations, avant même que le crime ne soit commis puisque le processus de qualification est en cours. Surtout, des collègues éminents ont organisé une opposition farouche avec d’étonnants arguments.

Le premier serait l’impossibilité de trouver une frontière au sein de l’économie pour séparer deux sections. Mais cela s’applique à tous les champs du savoir : le CNU a bien une section mathématiques et une mathématiques appliquées.

Second argument, une deuxième section d’économie serait un refuge pour les médiocres. Mais alors, pourquoi la craindre ?

En réalité, le prix Nobel ou les succès de librairie cachent l’affaiblissement de la discipline. Bien avant la crise et les mouvements de protestation sur le contenu des formations dans de nombreux pays, l’enseignement d’économie à l’université était accusé d’être techniciste ou déconnecté du monde réel. Tout en continuant à attirer d’excellents étudiants, il rebute le plus grand nombre : les effectifs en France ont fondu.

La théorie économique suggère que la simple menace d’entrée d’un concurrent, sous certaines hypothèses, stimulerait l’innovation. Ici, ce pourrait être une modernisation de l’enseignement de l’économie en France. A suivre, donc !

Philippe Askenazy est chercheur au CNRS, Ecole d’économie de Paris. Il a été président de la section Economie et gestion du CNRS.

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