Ce que pourrait être une licence « Economie et société »

La Commission « Enseignement » de l’AFEP a proposé une maquette pluraliste lors du congrès de l’AFEP de juillet 2014.

Elle repose sur quatre piliers :

  • Le premier présente les théories, les politiques économiques, et l’histoire économique et sociale, dans une logique pluraliste qui permet à l’étudiant-e de prendre conscience de la diversité des théories économiques.
  • Le deuxième pilier apporte les méthodes nécessaires aux étudiants : statistiques et économétrie bien sûr, mais également formation à la conduite d’entretiens ou d’observations dans une organisation.
  • Le troisième pilier propose un enseignement participatif dans lequel l’initiative des étudiants sera primordiale. Il s’agira en effet de travailler sur des questions concrètes, telles que l’État social, l’emploi, l’environnement ou la crise actuelle.
  • Enfin, le quatrième et dernier pilier permet aux étudiants de suivre, après la première année, deux enseignements de leur choix au sein des cours proposés par l’université.

1. Une maquette pluraliste au service des étudiants

La maquette proposée par l’AFEP repose sur le souhait de former, par l’économie politique, des personnes compétentes à même de répondre aux exigences du monde du travail et des citoyens critiques et conscients de l’environnement économique et social, ouverts à la pluralité des méthodes, des théories et des disciplines

Dans cette maquette, la complémentarité entre théories et questions économiques et sociales est fondamentale : il s’agit de montrer aux étudiants que la connaissance des théories leur permet de comprendre des faits, et que ceux-ci éclairent ou remettent en cause les théories. Ainsi, lorsque les étudiants étudieront Smith, Ricardo et Marx, il leur sera proposé d’étudier la « répartition », c’est-à-dire les modes de division du revenu national en grandes masses telles que rentes, salaires, et profits. On verra ainsi comment les théories de la rente permettent d’éclairer le niveau des loyers dans les grandes villes où les surprofits réalisés par certaines industries. La diversité des sujets étudiés répond au souci de comprendre la réalité socio-économique dans son ensemble, tout en montrant les apports propres à chaque théorie – y compris celles issues d’autres disciplines (philosophie, droit, sociologie et science politique principalement). De plus, le lien sera fait entre les questions étudiées et la pluralité de méthodes que l’on peut utiliser pour les étudier (enquêtes, analyses de texte, statistiques, économétrie, monographies, etc.).

Notre maquette rompt avec les maquettes qui reposent sur le triptyque « micro-économie, macro-économie, économétrie ». De telles maquettes ne nous semblent ni représentatives de l’état de la discipline, ni capables d’expliquer la réalité. De plus, leur insistance sur la répétition mécanique d’exercices déconnectés d’enjeux théoriques ou pratiques est peu susceptible de doter les étudiants des capacités d’analyse, de synthèse et d’expression dont ils ont besoin. Concrètement, la micro-économie sera incluse au sein d’un cours de théories économiques (Semestre 3) et enseignée pour ce qu’elle est : une approche parmi d’autres.

Le bloc méthodologique reflète le caractère pluraliste de la maquette puisqu’un très large éventail de méthodes utilisées en sciences sociales y sont introduites : méthodes qualitatives (observation, entretiens, …), méthodes quantitatives (statistiques descriptives, analyse de données, économétrie), expérimentations…

 

2. Une formation par l’économie

A l’issue d’une formation en économie, les débouchés des étudiants sont extrêmement diversifiés, mais une minorité d’entre eux effectue un travail d’économiste, même au sens large du terme, dans le public ou le privé. En effet, les étudiants qui achèvent leurs études au stade de la Licence ne sont pas suffisamment qualifiés pour le faire, et ceux qui poursuivent en Master, choisissent en majorité des Masters à finalité professionnelle et/ou de gestion.

En conséquence il est absurde de centrer la formation de Licence sur une approche étroite de la discipline dans la perspective de la formation d’économistes pointus et spécialisés qui ne seront qu’une infime minorité des étudiants entrant en première année.

Mais pour aider l’ensemble des étudiants à se structurer intellectuellement, il est indispensable de centrer leurs études supérieures sur une approche ouverte de l’économie (celle de l’économie politique) avec ses exigences analytiques et théoriques.

Sur la question de la pluridisciplinarité, le point de vue adopté ici est que l’on peut, tout au plus, espérer les former à deux disciplines (c’est le cas des étudiants les plus travailleurs avec les formations d’élite que sont les bi-Licences qui se sont développées ces dernières années).

La maquette esquissée est donc celle d’une Licence visant à former, à partir de la discipline économie utilisée comme ossature intellectuelle de formation, des étudiants capables :

  • de raisonner de façon rigoureuse (scientifique) ;
  • de collecter et de traiter l’information nécessaire à la résolution de problèmes économiques et sociaux (les deux termes ne sauraient être séparés) ;
  • de s’exprimer avec clarté, tant par écrit qu’à l’oral.

Au total, c’est bien l’acquisition de méthodes qu’il s’agit de privilégier, plus que des connaissances encyclopédiques sur tous les aspects de l’économie.

C’est là, pour partie, l’objet des enseignements de la section de Sciences Économiques et Sociales des lycées. Mais, d’une part, tous les étudiants inscrits en économie à l’université ne l’ont pas suivie et, d’autre part, il ne s’agit pas de répéter ces enseignements, mais de les renouveler en renforçant les exigences théoriques aussi bien que méthodologiques.

 3. La maquette de l’AFEP

Chaque année est construite autour de quatre blocs d’enseignement dont la synthèse est réalisée dans le cadre d’un enseignement d’analyse des faits économiques et sociaux contemporains, réalisé en petits groupes (Travaux Dirigés).

Chaque semestre, un ou deux thèmes sont retenus afin de rendre l’enseignement vivant et pertinent aux yeux des étudiants.

 

 

– Premier groupe : Théories de l’économie et histoire

Ce bloc doit donner la culture générale fondamentale dont l’étudiant-e a besoin pour se repérer tant dans les débats théoriques que dans le temps et l’espace. Il s’agira d’enseigner les théories dans leur contenu d’origine (et non d’après une forme simplifiée telle que celle que l’on trouve dans certains manuels). Le contexte historique propre à chacune et les enjeux en termes de politiques économiques seront soulignés.

Le premier semestre de la première année est consacré à un cours d’introduction à l’économie politique.

Le deuxième semestre de la première année couvrira les classiques et Marx, et proposera un cours d’histoire des faits économiques et sociaux de la Révolution industrielle jusqu’à aujourd’hui.

La deuxième année sera l’occasion d’étudier les Néo-classiques, les Autrichiens et Keynes, ainsi que les mécanismes monétaires et les politiques économiques.

Lors de la troisième année, les étudiants verront la tradition institutionnaliste ainsi que les théories économiques contemporaines, (orthodoxes et hétérodoxes).

– Deuxième bloc : « Méthodes »

Le deuxième bloc propose une introduction aux différentes méthodes utilisées en sciences sociales : méthodes qualitatives (archives, observation, entretiens…) ; méthodes quantitatives (statistiques descriptives, analyse de données, économétrie) ; économie expérimentale…

Concernant les cours de méthodes quantitatives, il s’agit de trouver un équilibre entre la théorie (compréhension des méthodes) et la pratique (application des méthodes). Autant que faire se peut, les cours sont appliqués à des questions économiques. Les fils directeurs de chacun des trois cours de statistiques descriptives (S1), d’analyse de données (S5) et d’économétrie (S6) sont des questions économiques (la consommation des Français, les inégalités de revenus… ; les questions retenues pourraient être choisies parmi les thèmes du troisième bloc de la maquette).

Partant de ces questions, les différentes étapes de l’étude statistique des données sont présentées : la construction et le choix de la base de données, le choix des indicateurs les plus pertinents…. La statistique descriptive, l’analyse des données et l’économétrie sont donc présentées comme étant des méthodes différentes – complémentaires ou alternatives – permettant de commencer à répondre à des questions économiques.

Au terme de la Licence, les étudiants devront être capables de comprendre des documents tels que les « quatre pages » de l’INSEE ou de la DARES (par exemple sur les thèmes « emploi » ou « État social » du bloc 3) et avoir fait au moins un petit dossier mobilisant un traitement statistique des données au moyen des logiciels Excel ou SAS.

Parallèlement, trois semestres (S2, S3 et S4) seront consacrés au renforcement et à l’apprentissage des outils mathématiques et statistiques (analyse, algèbre linéaire, probabilités, tests statistiques) nécessaires à la compréhension des grands principes sur lesquels reposent les différentes méthodes statistiques ainsi qu’aux modèles de base utilisés par les différentes théories économiques.

 

– Troisième bloc : Questions économiques et sociales contemporaines

Ce bloc est l’occasion pour les étudiants d’étudier des questions aux moyens des théories et des éléments de méthode vus par ailleurs.

La première année est l’occasion d’un « projet tutoré » assurant un suivi individuel des étudiants. Un cours d’actualité économique et sociale est également assuré, afin d’inciter les étudiants à s’informer sur le monde qui les entoure.

La deuxième année présente également le cours d’actualité, et conduit les étudiants à étudier deux thèmes (un par semestre) : « concurrence et marchés » puis « emploi et État social ».

Lors de la troisième année, deux thèmes, au libre choix des enseignants en concertation avec les étudiants, sont étudiés en profondeur durant chaque semestre. Ces thèmes pourront constituer un cadre pour le mémoire qui doit être rendu en fin de troisième année.

 – Quatrième bloc : Options

Ce bloc vise à donner une marge de liberté aux étudiants quant aux cours qu’ils souhaitent suivre.

Lors de la première année, les étudiants devront choisir au moins un enseignement dans une autre discipline de science sociale, à choisir parmi une liste. Ils pourront également conserver un enseignement dans une seconde langue étrangère.

Par la suite, les étudiants devront suivre deux enseignements semestriels de leur choix parmi l’ensemble des cours dispensés par l’université. Cela permettra à ceux qui le souhaitent de compléter leur formation par des enseignements dans une autre discipline (gestion, sociologie, histoire…).

 

 

Conclusion

La maquette proposée par l’AFEP donne un esprit général quant au contenu de la Licence et formule des grands équilibres entre thèmes, méthodes et théories.

Elle est bien sûr modulable en fonction des ressources disponibles localement et des contraintes auxquelles les enseignants-chercheurs doivent s’adapter.

Nous espérons qu’elle constituera une ressource pour les étudiants et les enseignants lors des discussions sur les maquettes se tenant au sein des départements assurant des enseignements d’économie.

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